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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 11:02

Les hectares de terre marron , qui se duvetaient de vert début Mai , donnaient le signal de la campagne betteravière qui s'achèverait dans les frimas de l'automne.

Les "placeurs" venaient des villages alentour, d'Espagne et des Flandres belges .

La négociation salariale débutait avec les fermiers sur la base de 2000 euros l'hectare .

La journée était longue , les lignes encore plus et les reins souffraient en silence .

D'ailleurs,quoi qu'ils aient pu dire, on ne les aurait pas écouté car il fallait remplir le contrat .

La famille venait parfois donner la main ! tous suivaient , en silence , la ligne des jeunes pousses , la rasette au manche court et à l'arête tranchante solidement ancrée dans leurs mains rugueuses , le dos ployé vers le sol de terre brune .

La sélection consistait à "démarier" les jeunes plants en n'en laissant que trois par mètre environ.

Leurs gestes étaient précis et mécaniques , pas de diversion , une volonté d'aller toujours plus vite afin d'en faire le plus possible . L'attention était soutenue au maximum .

Le champ paraissait démesurément long limité par la ligne de l'horizon .

Quelques semaines après il fallait repasser enlever les herbes folles et ainsi de suite jusqu'à maturation des betteraves .

Nombreux étaient ceux qui terminaient la journée à genoux les dos moulus .

Biner 20 ares sur une journée n'était pas donné à tout le monde .

La récolte d'automne était tout aussi pénible mais là on était payé à l'heure .

Une petite fourche à deux dents au manche court était placée sous la betterave afin de l'extraire du sol boueux.

Un coup de couperet sur les feuilles et hop ! elle était jetée sur le tas .

L'humidité pinçait les doigts , la gelée blanche en engourdissait les extrémités , la pluie alourdissait bottes et sabots .

Personne ne se décourageait , personne ne rechignait !

Pensez- donc la famille avait terriblement besoin de cet argent qui , au fil des ans , permettrait l'achat d'une petite maison avec un beau jardin .

Alors hectare après hectare , on économisait !

Levés avant l'aube pour aller au travail, couchés au crépuscule , pas de dimanches , pas de sorties tel était le sort des adultes . 

Ce travail était un travail d'appoint qui venait s'ajouter à celui effectué à l'usine ou à la ferme ; chacun accomplissait donc double journée .

Les enfants comprenaient sans qu'il soit besoin d'expliquer pourquoi on n'allait jamais au cinéma Après les devoirs ils aidaient au travail domestique .

Le programme des vacances scolaires était identique.

Année après année les rhumatismes se sont installés , les dos se sont rigidifiés , les enfants élevés à la dure faisaient la fierté de leurs parents .

Le courage est resté intact en ces âmes trempées dans la fécondité du sacrifice et de l'ouvrage bien fait .

Les contrats saisonniers de betterave se sont achevés dans les années 60

avec la sélection des graines , les herbicides , les pesticides et la mécanisation et puis les animaux n'ont plus besoin de betteraves puisqu'ils sont nourris avec des farines aux compositions incertaines , traités aux antibiotiques et autres médicaments réputés accélérer la croissance …..

Ah ! Comme les foins de luzerne , sainfoin et autres herbes séchées sentaient bon ! Quel parfum sucré exhalaient les grosses betteraves rose blanc offertes dégoulinantes de suc à l'appétit des animaux …….pendant ce temps la terre se reposait dans le froid hivernal attendant les prochaines semailles

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Published by daniel françois
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