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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 15:09

Le petit cochon choisi chez le marchand de cochons était l'objet de toutes nos attentions ,

Pensez-donc au prix où on l'avait payé il ne faudrait pas qu'il tombe malade avant l'abattage .

Il était nourri avec les légumes du jardin et leurs épluchures ; pas de céréales à cause "du coup de sang" ; le tout était arrosé avec l'eau de vaisselle sans produits . ( Ils étaient inconnus de l'épicière ).

La marmite mijotait doucement sur le dessus de la cuisinière . En débordant , son trop-plein dégageait une odeur de sucres brûlés cuits et recuits . Une fois la cuisson terminée commençait alors la préparation de la pâtée . Ecrasée avec un gros pilon de bois la mixture recevait quelques mesures de son afin de lui donner cette consistance nourrissante et saine pas trop liquide ni trop dure ce qui aurait eu pour effet de rendre le cochon malade .

Le meunier préparait le son dans de grands sacs que les enfants et leur mère allaient chercher au moulin . Un négociant passait bien dans les villages mais son prix était plus élevé alors , pour gagner quelques sous , le chargement était déposé sur le cadre du vélo ou dans une petite charrette que chacun poussait .

Pas de jérémiades ni de refus ! Le froid hivernal glaçait les mollets et les doigts ! La pluie détrempait les chaussures et tout le monde y allait de bon cœur afin de rejoindre la maison au plus vite .

Le cochon avait une horloge dans le ventre . Il s'éveillait toujours à la même heure tenaillé par la faim et il ne fallait pas le faire attendre car il aurait retourné son enclos .

Pas question d'y pénétrer car son avidité aurait eu tôt fait de retourner le seau et son porteur . Alors une trappe avait été aménagée dans le mur qui débouchait directement dans son auge qu'il fouillait de son groin affamé .

Puis venait le jour que nous redoutions tous : l'abattage !

On l'aimait bien notre cochon mais il fallait quand même bien se nourrir !

Alors les hommes récupéraient le sang qui , mélangé aux oignons ferait de l'excellent boudin . Les femmes et les enfants étaient préposés à l'épluchage des oignons du jardin .

Que de pleurs ! Les voisins et amis venaient aider car il fallait aller vite à cette époque où les appareils produisant le froid étaient inconnus . Personne n'imaginait qu'un jour le congélateur ferait partie du quotidien. Les boyaux grattés et lavés entouraient l'entonnoir duquel partait la préparation parfumée . Lorsqu'un boyau craquait il fallait bien vite éponger et surtout récupérer car tout avait de la valeur .

Puis le boudin était enroulé dans la grande marmite et arrosé d'eau bouillante .

Une assiette dans le fond l' empêchait de coller une autre au-dessus faisait office de contrepoids. Pendant ce temps les hommes découpaient , sciaient , débitaient rôtis et côtelettes . D'autres malaxaient le pâté dans de grandes bassines . Un parfum enivrant emplissait la pièce aiguisant les appétits .

Les enfants étaient préposés au nettoyage des ustensiles et de la table .

Une tasse de café , un verre de gnole , donnaient du cœur et de la force car il fallait faire vite .

Le lard fondait doucement dans un grand baquet en zinc gris dégageant une odeur inégalable .

Les morceaux cuits étaient ensuite déposés dans des pots en gré noyés de saindoux assurant une conservation jusqu'à la fin du printemps .

Les autres étaient stérilisés dans de grands bocaux de verre transparent ce qui allongeait les délais de conservation ..

Une volée de gros sel aspergeait les tranches de gras . Déposées , tel un feuilletage dans le saloir de terre cuite, elles y macéraient attendant le bon vouloir de la cuisinière en accompagnement des choux , haricots , choucroute , pommes de terre .Festins délicieux !

Le saucisson accroché sur des perches prenait le chemin du fumoir .

Chaque logis en possédait un ! Le feu couvait doucement dans la sciure de bois donnant une odeur particulière à la préparation .

Les jambons salés et ficelés prenaient eux aussi le chemin du fumoir après quelques semaines de séchage sur un torchon .

Chaque voisin avait son petit paquet !

Chaque voisin proposait ses services !

Chacun aimait se retrouver dans cette chaude ambiance.

C'était il y a près de cinquante ans au début des trente glorieuses à une époque où le mot de chômage ne se conjuguait pas , où la maigreur des salaires s'érigeait en système quasi autarcique .

Aujourd'hui le saloir orné de géraniums trône sur la pelouse du jardin . Son couvercle a disparu .

Les pots en gré donnent une touche de "bon vieux temps" dans le logis des enfants .

Les faitouts et baquets ont disparu au fil des déménagements .

Les morceaux de porc , emballés dans des barquettes de polystyrène revêtues d'un film transparent insipide dévoilent leur maigreur aux acheteurs .

Pensez donc :" le gras n'est pas bon pour la santé !" et puis : "les enfants n'aiment pas !"

Chacun préfère une viande terne , un jambon et un saucisson " à l'odeur d'extrait de fumé " .

Mais personne n'a le choix ! Le temps a passé ! Il ne reviendra pas !

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Published by daniel françois
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commentaires

Albocicade 06/01/2010 17:06


Nostalgie, quand tu nous tiens...
J'ai moi aussi connu cela, il y a à peine 20 ans... et je ne suis pas certains que cela ne se fasse plus, dans certaines fermes...
Ceci dit, c'est vrai... même les campagnes sont envahies par la ville et son mode de consommation. Les conditions de vies s'estompent en souvenirs.
Seules trois choses demeurent : la foi, l'espérance et la charité, mais la plus grande des trois est la charité...


daniel françois 06/01/2010 19:53


comme tout cela est vrai ! "si vous n'avez pas la charité vous n'avez rien ..." nous dit St Paul ...merci de votre passage et bonne soirée


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