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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 11:49

Toc toc ! Fait la main sur le carreau du haut de la porte ;

C'est le signal convenu entre celle qui va ouvrir et celui qui veut entrer ;

Elle c'est une dame de 88 ans !

Lui le petit voisin adolescent qui vient passer un moment de la soirée avec cette octogénaire .

Trois verrous se tirent, une clef rince dans la serrure et la poignée tourne ; avant cela il a fallu déblayer les boudins de tissu qui, en masquant le bas de la porte empêchent le froid de rentrer ;

La pièce est petite et toute en longueur.

A gauche le foyer aux longs pieds est fiché dans la cheminée de bois peinte en gris, son pot est consciencieusement astiqué à la pâte grise, tout comme le dessus. Un petit disque de fonte complété par trois couronnes donne accès au cœur de l'âtre. C'est par là que la charbonnière déverse sa ration de charbon dans le crépitement rougeoyant du feu. Il faut faire vite afin que les gaz charbonneux n'envahissent pas la pièce. La combustion est activée par un tisonnier prestement introduit dans un petit trou situé à la base du pot. Quelques vigoureux allers et retours et le foyer rougit de plaisir. Une douce chaleur envahit alors l'univers douillet de la cuisine.
Un grand seau émaillé à l'anse noire rempli d'eau trône sur un banc à gauche du feu. Il faut dire que l'eau courante est inconnue et que celle-ci est puisée à la pompe de la cour. Il faudra aller chez les voisins lorsque la pompe sera gelée les jours de grands froids.

Une table est poussée contre le mur à droite du foyer encadrée par deux chaises à la paille fatiguée. La toile cirée aux couleurs délavées brille sous l'ampoule électrique de la lampe.
Celle-ci n'est pas souvent allumée !
A quoi bon dépenser de l'argent pour le courant électrique lorsque la clarté provient du feu rougeoyant et du réverbère de la rue qui éclaire la fenêtre aux vitres fatiguées et usées par l'âge.

Les brise-bise tirés dégagent l'horizon qui bute sur un grand rideau de peupliers au-delà des marais.

En-deça deux fermes et une petite maison se partagent le paysage avec le pré qui prend naissance sous la fenêtre.

Peu de passants, encore moins de voitures dans le soir tombant ; quelques personnes se hâtent vers les fermes le bidon à la main afin d'y chercher leur lait.

L'adolescent et la vieille dame s'assoient de part et d'autre de la fenêtre

L a conversation démarre alors animée par le ronflement sécurisant du feu qui chauffe les dos.

La famille, le travail de la ferme rythmé par les saisons, les guerres….Celle de 1914/18 et de 1939/45 , celle de 1870 racontée par les anciens .

Elle n'a jamais quitté sa rue si ce n'est pour aller à Lourdes ou pendant l'évacuation. Alors elle en a des souvenirs !

Et le temps s'égrène tout doucement dans le soir qui déjà envahit la campagne . Les peupliers s'estompent seule demeure la masse grise des bâtiments troués par la lumière falote des rais de lumière échappés des volets et des écuries .

Puis vient l'heure de se quitter ; un rapide adieu et l'adolescent entend grincer la serrure et claquer les verrous derrière lui .

Le temps , insidieusement grignotait les soirées …..l'adolescent , grandit , déménagea et un jour il apprit que la famille de la vieille dame l'avait placée dans un hospice .

Il la revit dans cette vaste salle aux lits de fer alignés comme pour une revue de détail

Elle se tenait debout près d'une haute fenêtre aux petits carreaux .

Elle semblait comme écrasée par les proportions démesurées de la pièce , petite silhouette chétive et maigre absorbée par ces murs blanchis qui n'en finissaient de monter jusqu'au plafond .

" tu viens me chercher ? " demanda-t-elle !

Que lui répondre alors qu'elle perdait la notion des choses et du temps qui passe .

Elle avait une maigre retraite , sa famille n'en voulait pas alors l'hospice était la solution trouvée pour cette époque .

Personne n'annonça le décès de la vieille dame au jeune homme . Il le sut un jour de Toussaint alors qu'il passait au cimetière du village .

Un petit monticule de terre surmonté d'un croix en fer forgé blanc fermaient le livre de la vie et des souvenirs .

En ce temps-là il n'y avait pas la télévision et beaucoup de vieux finissaient leur vie dans des hospices dédiés aux indigents et tenus par les sœurs de St Vincent de Paul.

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Published by daniel françois
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