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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 18:07
Tous les accessoires sont réunis dans la petite buanderie : le grand baquet de zinc bleuté trône sur sa caisse de bois noirci , le seau métallique , la planche à laver , la brosse de chiendent et le gros savon de Marseille sans oublier le savon noir .

Le seau et sa longue corde de chanvre gris prend la route de la citerne d'eau de pluie .

Il y plonge prestement le cul en l'air . L'écho brutal du contact métallique avec l'eau noirâtre du puits rebondit de mur en mur ; d'abord le plof puis le clapotis amorti de l'eau qui , en prenant possession du récipient , l'entraîne vers le fond . Il n'ira pas jusqu'au terme de sa course puisque deux bras vigoureux le hissent vers le haut dans un bouillonnement d'eau giclante .

Le linge tapisse déjà le baquet ; il gonfle , se boursoufle et retombe vaincu par la pression de l'eau déversée par la noria de seaux . Le savon noir fondu serpente au fil de l'eau puis éclate en grosses bulles blanches .

Voilà ! Ce sera tout pour cette fin de journée . La nuit va décanter le tout .

Le lendemain un socle en zinc percé d'ouvertures est posé dans le fond de la lessiveuse ; la cheminée et son champignon y sont emmanchés.

Le linge blanc est tiré du baquet dans lequel il trempait depuis la veille . Il est déposé autour de la cheminée garni de boulettes de savon noir.

Le seau a repris la direction de la citerne dans laquelle il plonge et replonge jusqu'à ce que la lessiveuse soit remplie. Puis le feu est allumé et la lessive démarre . Elle va bouillir jusqu'à ce que le linge soit blanc . De gros bouillons remontent du bas par le champignon arrosant la couche supérieure de linge . Le couvercle se soulève sous la pression laissant échapper des giclées d'eau savonneuse qui font pschitt sur le foyer poussé à fond de chauffe.

Une odeur de savon fondu et d'eau bouillonnante envahit la petite pièce ; la buée se colle partout !

Le grand baquet attend déjà sa ration de linge . Celui-ci est prélevé dans la lessiveuse avec une longue cuillère en bois ; pièce par pièce puis la lessiveuse est empoignée et , inclinée sur le baquet , elle livre ses dernières provisions de linge bouillant .

Chaque pièce de linge brûlant est alors posée sur la planche et , le savon dans une main et la brosse dans l'autre , la lavandière savonne , brosse , ébroue et jette dans la lessiveuse qui , entre-temps , a été remplie d'eau claire en vue du rinçage .

Il faudra plusieurs remplissages afin que le linge ne sue plus le savon .

Le linge tordu à la force des poignets est déposé dans un panier d'osier ; selon le temps il sera étendu sur les fils du jardin ou dans le grenier .

A la fin de la journée les reins sont cassés ; les mains blanchies par l'eau de lessive sont transparentes et crevassées .

Les "femmes de lessive" passaient ainsi dans les maisons aisées pour un salaire de misère . Elle étaient assimilées aux "bonnes à tout faire" .

Dans les autres foyers ce rôle était dévolu aux femmes de la maison .

Ainsi allait la vie avant l'arrivée des machines à laver .

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Published by daniel françois
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